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A Toi, L'Ami SDF que Je ne Connais Pas


Tu es blessé quelque part ?

Mais aujourd’hui, c’est à toi que je pense.



Peut-être que le vent te parle plus que les gens. Peut-être que la pluie t'accompagne plus fidèlement que la chaleur d’un foyer. Peut-être que tu as appris à lire les rues comme d’autres lisent les livres. Chaque fissure sur le bitume, chaque recoin d’un banc ou d’un porche te raconte une histoire. Peut-être que la nuit te connaît mieux que tes souvenirs, que le silence est devenu ton seul compagnon régulier.


Peut-être que le monde t’a trop souvent oublié. Trop souvent effacé. Trop souvent repoussé. On détourne les yeux, on change de trottoir, on parle plus bas. Comme si ta douleur était contagieuse. Comme si ton existence dérangeait. Pourtant, tu es là. Bien là. Avec ton histoire, ton passé, ton cœur qui bat. Invisible peut-être, mais pas inexistant.


Je ne sais rien de ton histoire. Je ne connais ni ton prénom, ni ce qui t’a conduit à vivre dehors. Mais je sais une chose : une blessure ne dit pas tout d’une personne. Une apparence ne reflète jamais la totalité d’un vécu. On ne voit jamais ce qui se passe derrière les yeux d’un être humain. Et il suffit d’un rien pour que la vie bascule.


Je ne sais pas où tu dormiras ce soir. Sur un morceau de carton ? Sous un abribus ? Dans un centre si tu as de la chance ? Peut-être que tu as un coin à toi, que tu appelles "chez toi" malgré tout. Un endroit qui, malgré sa rudesse est devenu un refuge. Ce soir, tu t’y poseras encore. Et même si la fatigue te ronge, tu tiendras. Parce que tu l’as toujours fait. Tu as résisté à des tempêtes que beaucoup n’auraient même pas osé affronter.


Le froid, l’humiliation, la peur, l’indifférence. Tu les connais. Elles font partie de ton quotidien. Et malgré cela, tu continues. Tu avances. Un pas après l’autre. Une nuit de plus. Une journée encore. Peut-être que tu ne le sais pas, mais ça, c’est de la force. Une force immense. Une force que même les plus puissants ne comprennent pas.


Je ne sais pas si tu crois encore en l’espoir. Peut-être que ce mot est devenu trop lointain, trop flou, presque irréel. Peut-être que tu n’en as plus la force. Mais moi, je veux croire pour toi. Je veux croire que quelque part, au milieu de tout ça, une lumière résiste. Une lumière en toi. Fragile, vacillante mais vivante.


Cette flamme, elle est là. Je le sais. Parce que tu es vivant. Et tant qu’il y a un souffle, tant qu’il y a une respiration, il y a encore une chance. Une rencontre. Un regard. Un mot. Une main tendue. Un sourire inattendu. Quelque chose qui peut tout changer. Un tout petit geste qui peut rallumer la flamme.


Ce monde est dur, c’est vrai. Injuste, souvent. Cruel, trop souvent. Mais il surprend aussi. Parfois, il dépose sur ton chemin un moment de douceur. Une tasse de café offerte. Une couverture tendue sans un mot. Un sourire sincère. Un regard qui ne fuit pas. Ce sont des choses simples, mais elles comptent. Elles comptent plus qu’on ne le pense.


Alors tiens. Un jour de plus. Une heure encore. Tiens pour cette lumière qui existe, même si tu ne la vois pas. Tiens, pas pour les autres, mais pour toi. Pour ce que tu vaux. Pour ce que tu as traversé. Pour ce que tu es. Parce que tu es là, et que ça, c’est déjà une victoire.


On te juge parfois. On te méprise. On te catalogue. On pense que tu as tout gâché, que tu es responsable de ta situation. Comme si la vie était une équation simple, où chaque échec serait un choix. On oublie que chacun peut tomber. Que personne n’est à l’abri. Qu’il suffit d’un accident, d’un deuil, d’une maladie, d’une rupture, d’un licenciement, d’un enchaînement de mauvaises circonstances… pour que tout s’écroule.


Et quand on tombe, on a besoin d’aide. D’écoute. De main tendue. Pas de jugements, pas de leçons. Juste de présence humaine. De chaleur humaine.


Je pense à toi et à tous ceux qui vivent dehors. À ceux qu’on ignore, à ceux qu’on redoute. À ceux qu’on évite, par peur, par gêne, par lâcheté. Je pense à ton courage silencieux. À ton endurance invisible. À la dignité que tu gardes, malgré tout, malgré tous.


Tu es plus que ce qu’on voit. Plus que ton manteau usé. Plus que ta barbe mal taillée. Plus que ton regard fatigué. Tu es une personne. Entière. Précieuse. Inestimable.


Je ne sais pas si tu crois en Dieu, en l’univers, en la chance, en toi. Mais je veux que tu saches que quelqu’un, quelque part pense à toi. Quelqu’un qui ne t’a jamais rencontré, mais qui t’envoie ce message. Un message pour dire : tu comptes.


Tu comptes, même si on ne te le dit pas. Tu mérites, même si on te le refuse. Tu es digne, même si on essaie de t’en convaincre du contraire.


Et si un jour tu tombes sur ces mots, j’espère qu’ils te réchaufferont un peu. Comme une couverture posée sur les épaules. Comme un feu de camp allumé dans la nuit. Comme une voix qui dit : « Tu n’es pas seul. »


Je te souhaite de croiser sur ton chemin quelqu’un qui te voit vraiment. Qui t’écoute. Qui ne cherche pas à te sauver, mais juste à te reconnaître. À te regarder dans les yeux et à te dire : « Je te vois. »


Et peut-être qu’un jour, tu croiseras un enfant. Il viendra vers toi sans peur. Il te posera une question simple, sincère. Et dans ses yeux, tu verras une étincelle. Celle de la pureté. Celle de l’humanité. Celle de l’amour brut. Et tu comprendras que tout n’est pas perdu.


Parce que l’espoir, ce n’est pas seulement croire que tout ira mieux. C’est aussi décider, chaque jour, de ne pas éteindre la lumière. Même si elle est faible. Même si elle vacille.


Alors, s’il te plaît. Tiens. Pour toi. Pour la personne que tu étais. Pour celle que tu es. Pour celle que tu seras. Tiens, même si tout en toi crie l’envie de lâcher. Tiens, même si tu as l’impression de ne plus avoir de raison. Tiens, parce qu’il y en a une. Même si elle est encore invisible.


Je t’écris ce texte comme on envoie une bouteille à la mer. Peut-être qu’elle ne te parviendra jamais. Ou peut-être qu’elle arrivera à toi un jour, au moment où tu en auras le plus besoin. Et si ce jour vient, alors j’espère qu’elle saura te murmurer ceci :

« Tu n’es pas seul. »


Tu n’as jamais cessé d’exister. Tu n’as jamais cessé d’avoir de la valeur. Tu n’as jamais cessé d’être quelqu’un. Et tu n’as pas besoin de faire tes preuves pour mériter de vivre.


Tu n’as pas besoin d’avoir un toit pour mériter une main tendue. Tu n’as pas besoin d’avoir un emploi pour mériter un sourire. Tu n’as pas besoin d’avoir une adresse pour mériter d’être aimé.


Tu es un être humain. Et rien ni personne ne pourra jamais t’enlever ça.

Alors oui, prends soin de toi. Même un peu. Même un tout petit peu. Bois de l’eau. Protège-toi du froid. Essaie de dormir. Respire. Pense à quelque chose qui te fait du bien, même si c’est un souvenir lointain. Une odeur. Une chanson. Une voix. Un visage. Une sensation. Accroche-toi à ça.


Un jour, peut-être, tu racontera ton histoire. Et ce jour-là, on t’écoutera. Et tu seras debout. Et tu pourras dire : « J’ai survécu. » Et ce sera immense.


D’ici là, tiens. S’il te plaît. Tiens.


Et si tu tombes, relève-toi. Et si tu n’y arrives pas, attends. Quelqu’un viendra peut-être t’aider. Mais reste là. Reste en vie. Le monde a besoin de toi, même s’il ne le sait pas encore.


Avec toute ma tendresse, Un inconnu qui croit en toi.

 
 
 

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Christophe PIEDNOIR

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