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L'éclat brisé, récit d'une chute

En 2008, j’ai cru toucher au renouveau. J’avais décidé de tout quitter pour m’offrir une nouvelle vie, un nouveau départ, porté par un souffle d’espoir et de liberté. Mais cette même année a aussi marqué l’épreuve de mon premier licenciement professionnel, une blessure profonde qui allait résonner longtemps dans ma vie.


Tout quitter pour recommencer


Je venais de Picardie où je m’étais bâti une vie confortable et stable. Infirmier depuis des années, j’avais servi dans le secteur public à l’hôpital avant de me lancer dans le libéral. Ces expériences m’avaient enrichi, humainement et professionnellement. Mais une envie irrépressible de changement me poussait ailleurs. C’était une soif d’évasion, un besoin de soleil après des années dans le gris du quotidien.


Alors, nous avons vendu la maison, cédé le cabinet, dit adieu à nos repères. Ma femme, nos enfants et moi avons plié bagage et pris la route de la Provence. Quel bonheur de s’installer dans cette région baignée de lumière ! Le chant des cigales, la chaleur des étés, cette sensation d’être loin de tout tumulte... Nous avions le sentiment d’avoir fait le bon choix.


L’entrée dans la cour des grands

C’est là que j’ai rejoint une grande entreprise de l’industrie pharmaceutique, un fleuron dans son domaine, une entreprise bien française. Je me souviens encore de l’enthousiasme et de la fierté qui m’ont envahi. Mon rôle ? Participer au lancement d’un produit innovant. Pour un infirmier habitué à la proximité humaine, plonger dans l’univers des grandes entreprises était une révélation.


On m’a confié un téléphone portable, des cartes de visite à mon nom, un ordinateur dernier cri, une voiture de fonction, une carte essence, et même un télépéage. Tout cela brillait, et à travers ces objets, c’était moi qui brillais. Les encouragements, les félicitations, les marques de reconnaissance… Tout cela m’enivrait.


Avec passion, j’ai parcouru la région PACA. J’allais de clinique en hôpital, rencontrant des professionnels, bâtissant des relations. Je prenais du plaisir à chaque échange, à chaque nouveau défi. J’avais confiance en mes collègues, en mes supérieurs, en l’avenir. Je pensais naïvement que cette aventure durerait.


Et puis, tout s’écroule


Mais au bout de 18 mois, le rêve s’est fissuré. Le produit n’a pas trouvé son marché, les pressions ont commencé à monter, les relations se sont tendues. Ce qui brillait s’est terni.


Je sentais le vent tourner, mais je m’accrochais. Jusqu’à ce jour où, en sortant d’un rendez-vous client, ma vue s’est soudain brouillée. C’était un décollement de rétine. Une intervention chirurgicale s’est imposée en urgence, suivie de longs mois de convalescence. Pendant ce temps, l’entreprise a continué sa course. Mon absence ? Presque insignifiante.


Les décisions sont tombées : on arrêtait la commercialisation du produit, la force de vente était dissoute. J’étais perdu. Moi, l’infirmier devenu novice dans ce monde d’entreprise, je ne comprenais pas les codes, les processus RH, les licenciements.


Les relations professionnelles, autrefois si chaleureuses se sont évaporées. Mes collègues en qui j’avais confiance, se sont éloignés. Chacun pour soi. Les managers, avec leur froideur n’ont rien fait pour atténuer l’impact. Mon stress a atteint des sommets.


On m’a retiré tout ce qui symbolisait mon rôle : ma voiture, mon téléphone, mes contacts. Mon univers s’effondrait. Je n’étais plus qu’une ombre de moi-même, absorbant chaque coup jusqu’à l’inévitable décompensation.


La bouffée délirante : le point de rupture


C’est là que mon esprit a lâché. Une bouffée délirante aiguë m’a emporté, me plongeant dans un tourbillon d’idées confuses et de souffrance. Hospitalisé en urgence en psychiatrie, à la demande d’un tiers, j’ai passé sept jours enfermé, hors du temps, coupé de tout.


Mes souvenirs de cette période sont flous, fragmentés. Mais je me souviens du poids écrasant de l’échec, de l’abandon. Ce licenciement était devenu bien plus qu’un simple revers professionnel. C’était un traumatisme, un nouvel ajout à la liste de ceux qui marquent une vie.


La reconstruction, longue mais nécessaire


Après cet épisode, tout n’a pas été simple. Mais j’ai eu la chance immense d’être entouré par ma famille et quelques amis fidèles. Leur soutien a été une ancre dans la tempête.


Revenir de cette épreuve a pris du temps. Il a fallu apprendre à me reconstruire, à retrouver une forme d’équilibre. J’ai compris que cet épisode, aussi douloureux soit-il, faisait désormais partie de mon histoire.


Une leçon de vie


Aujourd’hui, avec le recul, je réalise que cette chute a été une leçon. Elle m’a appris à mieux comprendre mes limites, à être plus vigilant face aux pressions extérieures, à ne plus donner ma confiance aveuglément.


J’ai découvert à quel point il est essentiel de rester en phase avec soi-même, de ne pas laisser son identité s’effacer derrière un rôle ou une fonction.


Ce premier licenciement, bien que brutal, a ouvert la voie à d’autres opportunités, à d’autres réflexions. Il m’a aussi poussé à me questionner sur ce que je voulais vraiment, au-delà des apparences, des objets brillants et des flatteries.


Peut-être fallait il passer par cette tempête pour apprendre à naviguer autrement, avec plus de sincérité et de solidité.


Et si je peux transmettre une chose à ceux qui traversent des épreuves similaires, c’est qu’il y a toujours une lumière, même faible, même lointaine. Il suffit de s’accrocher, de garder la foi, et de croire en sa propre capacité à rebondir.


🔆 Christophe PIEDNOIR

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Christophe PIEDNOIR

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