Le Super Pouvoir des Gens Cabossés : Savoir Ecouter sans Juger
- piednoir
- 12 avr. 2025
- 3 min de lecture
Il y a des silences qui guérissent plus que mille paroles. Et il y a des regards qui disent : "Je sais, je comprends." Ce regard-là, je l’ai croisé chez des gens cabossés. Pas des super-héros, non. Des personnes abîmées par la vie, mais qui ont transformé leurs blessures en force tranquille. Leur pouvoir ? Savoir écouter sans juger.
C’est un don rare. Une écoute sans étiquette, sans conseil tout fait, sans verdict. Juste une présence vraie. Une oreille qui ne cherche pas à réparer mais à accueillir. Parce qu’eux aussi ont connu la chute. Parce qu’ils savent qu’il y a des douleurs qu’on ne guérit pas mais qu’on apprivoise.
Je parle en connaissance de cause. J’ai longtemps été cabossé moi aussi. Et je le suis encore. Je me suis souvent senti comme une voiture d’occasion qu’on n’ose plus montrer sur le marché. Trop de rayures, trop de kilomètres, moteur sensible. Mais un jour, j’ai compris que mes fêlures pouvaient devenir des fenêtres. Des ouvertures vers l’autre.
Une histoire parmi tant d’autres
Je me souviens d’une femme rencontrée lors d’un groupe de parole. Elle avait le visage dur et le regard perçant. Elle ne parlait jamais. Jusqu’au jour où elle a pris la parole, d’une voix tremblante, et a raconté sa descente aux enfers. Silence dans la pièce. Personne ne l’a interrompue. Personne ne lui a dit "tu aurais dû" ou "tu n’avais qu’à". À la fin, elle a dit : "Merci d’avoir écouté sans me juger. C’est la première fois que je ne me sens pas coupable d’exister."
Et là, j’ai su que ce super pouvoir-là, nous pouvions tous le cultiver.
Écouter : un art, une posture, une humanité
Écouter vraiment, ce n’est pas attendre son tour pour parler. Ce n’est pas chercher une solution. C’est suspendre le temps. C’est dire par son silence : "Tu peux déposer ici." Les gens cabossés savent faire cela. Ils ont été du mauvais côté du regard social. Celui qui soupèse, qui compare, qui juge.
Et quand on a connu l’humiliation, la honte ou l’abandon, on apprend à ne plus infliger cela à l’autre. On sait que la douleur n’a pas besoin de leçons. Elle a besoin de reconnaissance. Et parfois, c’est tout.
Mes cicatrices comme carte de visite
Je n’ai pas de diplôme en psychologie. Mais j’ai passé un doctorat en survie émotionnelle. J’ai connu la nuit noire de l’âme. L’hôpital psychiatrique. La solitude extrême. La honte d’être faible. L’envie de disparaître.
Et aujourd’hui, quand quelqu’un me dit : "Je ne vais pas bien", je ne cherche pas à comprendre tout de suite. Je suis là. J’écoute. Parce que je sais que derrière ces mots, il y a un monde en feu qui cherche un refuge.
Mon vécu n’est pas un fardeau. C’est un outil. Pas pour raconter ma vie, mais pour tendre la main. Pour dire : "Moi aussi, j’ai eu peur. Moi aussi, j’ai douté. Et je suis encore là."

Un plaidoyer pour l’écoute réparatrice
Dans nos sociétés pressées, l’écoute devient une rareté. On donne des conseils à la va-vite. On interrompt. On étiquette. On réduit l’autre à un symptôme, un statut, une erreur. Les gens cabossés nous rappellent qu’écouter est un acte de réhabilitation.
Quand on écoute sans juger, on dit à l’autre qu’il a de la valeur. Qu’il n’est pas seul. Qu’il peut se dire sans se cacher. C’est une forme de résistance. Un humanisme silencieux mais radical. Et c’est peut-être ce dont notre monde a le plus besoin.
Vers un monde où les cabossés sont des alliés
Je rêve d’un monde où les parcours accidentés ne seraient pas cachés mais honorés. Où les anciens blessés seraient reconnus comme des éclaireurs. Où les "écorchés vifs" deviendraient des piliers dans nos écoles, nos hôpitaux, nos lieux d’accueil.
Il n’y a pas de honte à être passé par la souffrance. Il n’y a que de la force dans ceux qui, un jour, ont continué malgré tout. Alors si tu lis ces lignes et que tu te reconnais, sache que tu n’es pas seul. Et que ton pouvoir, tu peux l’offrir au monde. En écoutant. Sans juger.
Épilogue : À toi qui doutes encore
Tu crois peut-être que tu ne sers à rien. Que ton parcours cabossé est un poids. Mais il est une lumière pour d’autres. Une boussole. Ne cache pas tes cicatrices. Ne tais pas ton histoire. C’est peut-être ce que quelqu’un d’autre attend pour ne pas sombrer.
Le monde a besoin de toi. Pas parfait. Pas réparé. Juste humain.
Et si un jour, quelqu’un vient te dire : "Merci de m’avoir écouté sans me juger", alors tu sauras. Tu sauras que tes blessures ont servi. Que ton super pouvoir a œuvré. Et que tu n’as jamais été inutile.
Christophe PIEDNOIR
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