Lettre à Celui que J'étais à 20 ans
- piednoir
- 19 juin 2025
- 3 min de lecture
Cher moi,
Je t'écris d’un temps que tu n’imagines pas encore. Tu as 20 ans aujourd’hui, ou presque. La vie te déborde par tous les côtés. Tu avances avec une mélange d’élan et de peur, comme un funambule sans filet. Tu ne sais pas encore que tu es déjà courageux. Tu crois que tu survis, alors que tu es en train de te construire.

Tu ne le vois pas, mais tu es beau. Dans ton désordre, dans tes tentatives maladroites d’aimer, de comprendre, de tenir debout. Tu crois que tu n’es pas à la hauteur. Tu t’accuses, tu t’en veux, tu te compares. Tu regardes les autres avec cette impression de décalage permanent, comme si tout le monde avait reçu un mode d’emploi sauf toi.
Tu portes déjà de lourds secrets. Tu fais comme si de rien n’était, pour ne pas inquiéter. Tu caches ton vide avec des blagues, des silences, des évasions intérieures. Tu tiens, parce qu’il faut tenir. Mais à quel prix, n’est-ce pas ?
Je veux te dire merci. Pour chaque fois où tu as choisi de rester. Pour chaque matin où tu t’es levé alors que tu n’avais pas la force. Pour chaque minute où tu as respiré dans un monde qui semblait te dévorer. Merci d’avoir résisté à l’envie d’en finir. Merci d’avoir créé de la tendresse, là où tu aurais pu répandre ta colère. Merci d’avoir cru, parfois à tort, parfois à raison, en l’amour, en l’amitié, en la possibilité d’un ailleurs.
Tu n’aurais pas cru où je suis aujourd’hui. Tu aurais levé les yeux au ciel. Mais crois-moi, tu as planté les graines de tout ce que je suis devenu. Avec tes doutes, tes errances, ton idéalisme parfois blessant. Tu as ouvert des chemins que je continue de suivre, parfois en boitant, parfois en courant.
Je t’en veux un peu aussi. D’avoir tant douté de ta valeur. De ne pas t’être offert le repos, la douceur, le droit à l’erreur. Tu voulais bien faire, toujours trop. Tu t’épuisais à démontrer que tu méritais d’exister. Tu ne savais pas que l’existence n’a pas à se mériter. Tu aurais gagné à t’aimer plus tôt.
Mais je te pardonne. Parce que je te connais. Parce que je sais d’où tu viens. Parce que tu n’as pas eu tous les outils, mais tu as cherché. Parce que tu as appris à force de chutes. Parce que tu es devenu quelqu’un de bien, et que c’est à toi que je le dois.
Je veux te parler de ce que tu vivras. Pas pour te rassurer, mais pour t’honorer.
Tu vas aimer. Fort. Mal parfois. Tu vas te tromper, tomber, perdre. Tu vas crier dans des chambres vides. Tu vas boire pour oublier, dormir pour t’absenter, rire pour exister. Tu vas aussi guérir. Lentement. Tu vas apprendre la patience, la lenteur, le pardon. Tu vas rencontrer des personnes qui vont te tendre la main, sans rien attendre. Tu vas redécouvrir la gratitude.
Tu vas devenir celui que j’ai envie de remercier aujourd’hui. Parce que tu m’as offert une vie que tu ne soupçonnais pas. Parce que malgré tout, tu as tenu bon. Parce que tu as osé te chercher alors que tout te disait de te taire.
Un jour, tu regarderas en arrière, comme je le fais maintenant, et tu comprendras. Que tout avait un sens. Que même les chaos étaient des alphabets. Qu’il n’y a pas de temps perdu quand on cherche à devenir humain.
Je ne peux pas te dire que tout ira bien. Mais je peux te dire que tu y arriveras.
Alors continue. Avance. Même bancal. Même lentement. Continue. Car tu es déjà celui que j’admire.
Avec toute la tendresse du monde,
Moi. Aujourd’hui.
Christophe PIEDNOIR
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