Tourner la Page ou Réécrire L'Histoire ?
- piednoir
- 23 févr. 2025
- 4 min de lecture
Quand le passé refait surface : peut-on vraiment tourner la page ?
Le passé a cette étrange façon de revenir quand on s’y attend le moins. Il surgit dans le silence d’une nuit trop calme, dans le reflet d’une vitrine où l’on aperçoit un visage que l’on croyait oublié, dans le frisson d’un mot qui résonne comme un écho lointain.
Certains jours, il est un murmure à peine perceptible, une caresse douce qui rappelle les souvenirs. D’autres fois, il se dresse comme une tempête ravageant tout sur son passage et nous renvoyant brutalement à ce que nous avions cru enfoui.
Peut-on vraiment tourner la page ? Peut-on refermer un livre dont les mots sont gravés dans nos cellules ?

L’enfant et la dissociation : une mémoire en éclats
Je marche dans une rue familière et soudain, l’air change. Un parfum, une lumière particulière et voilà que je suis ramené des années en arrière. Un enfant court, insouciant, ignorant encore que bientôt le monde basculera pour lui. Il ne sait pas que les absences pèsent plus lourd que les présences, que certains manques sculptent l’âme autant qu’ils la déchirent.
Cet enfant, c’était moi. Un garçon qui avait appris à se faire petit, à disparaître dans l’ombre pour ne pas déranger, à sourire pour masquer les tempêtes intérieures. J’ai grandi avec cette capacité étrange à m’éloigner de moi-même, à observer ma propre vie comme un spectateur. La dissociation est venue comme un réflexe de survie. Un mécanisme subtil et invisible, une fuite vers un ailleurs où la douleur ne pouvait pas m’atteindre.
Il y a longtemps, je croyais que cette façon de flotter à côté de ma propre existence était une malédiction. Mais aujourd’hui, je réalise que c’était aussi une force. Un espace où je pouvais me reconstruire, un refuge où l’enfant brisé apprenait à recoller les morceaux de son identité. Déconstruire pour reconstruire. Encore et encore.
Tourner la page : une injonction impossible ?

Tourner la page. L’expression sonne comme une obligation sociale, une nécessité imposée par ceux qui n’ont jamais vraiment eu à se battre avec leur passé. « Il faut avancer », « ne vis pas dans le passé », « le temps guérit tout ».
Mais qui a décidé que le passé devait être une porte close ?
Peut-être que tourner la page ne signifie pas oublier, ni effacer. Peut-être que c’est apprendre à lire autrement, à donner une autre couleur aux souvenirs, à accepter que certaines pages restent marquées d’une encre indélébile mais qu’elles n’empêchent pas d’écrire la suite.
Rebondir : la force d’un pas en avant
Le rebond n’est pas un mouvement brusque. Il ne s’agit pas d’un simple saut en avant, d’un coup d’éclat héroïque. Le vrai rebond, c’est un lent cheminement, un travail patient, parfois invisible. C’est l’acceptation que chaque chute porte en elle la possibilité d’un redressement.
J’ai chuté. Plus d’une fois. Professionnellement, émotionnellement, physiquement. J’ai connu ces matins où l’on se lève avec le goût amer de l’échec dans la bouche. Où chaque effort semble vain et où la lumière paraît inaccessible. Mais j’ai aussi connu la douce sensation de se relever, de sentir la force revenir peu à peu comme une sève nouvelle après l’hiver.
Le rebond personnel et le rebond professionnel sont intimement liés. On ne peut pas se reconstruire dans son travail si l’on est brisé à l’intérieur. On ne peut pas bâtir un projet solide sur des fondations fissurées. Mais lorsqu’on apprend à se reconstruire de l’intérieur, tout devient possible.
Reconstruire, encore et encore
Un jour, j’ai compris que le passé ne s’efface pas mais qu’il se transforme. Il devient une note dans une mélodie plus grande, un chapitre d’un livre qui continue de s’écrire. On ne tourne pas toujours la page en claquant la porte derrière soi ; parfois, on la tourne en douceur, en caressant les mots et en soufflant sur la poussière pour mieux voir les lignes.
Alors, non, peut-être qu’on ne tourne jamais complètement la page. Mais on peut, un jour regarder le passé en face sans trembler et se dire : « J’ai traversé tout cela et je suis encore là. »
Et si tourner la page, c’était simplement accepter d’écrire la suivante ? 17 ans de reconstruction

Il y a maintenant 17 ans que je me suis effondré. 17 ans que je reconstruis pierre après pierre, chute après chute. Je n’ai pas de mérite particulier. Ce chemin, je ne l’ai pas parcouru seul. Il a été jalonné de rencontres précieuses, de mains tendues dans l’obscurité, de regards bienveillants qui m’ont permis d’avancer lorsque je n’en avais plus la force.
Je dois sincèrement remercier tous ceux qui m’ ont accompagné et qui m’accompagnent encore : les professionnels de santé qui savent écouter mes silences, les amis qui croient en moi, ma femme, mes enfants, qui ont su voir au-delà des fissures et qui ont été mon ancrage lorsque tout vacillait.
La reconstruction n’a rien d’un parcours linéaire. C’est une route sinueuse, faite de détours, d’impasses et de nouveaux départs. Mais aujourd’hui, je le sais : chaque épreuve m’a appris quelque chose. Chaque chute a forgé ma résilience.
Et peut-être que la vraie force, ce n’est pas d’avoir tourné la page mais d’avoir appris à écrire dessus autrement, en y laissant une empreinte plus douce, plus lumineuse.
Alors, à tous ceux qui doutent, à ceux qui vacillent, à ceux qui pensent qu’ils ne s’en sortiront jamais : sachez que l’espoir existe. Que le rebond est possible. Que, même dans la nuit la plus profonde, une aube finit toujours par se lever
🔆 Christophe PIEDNOIR
Accompagner les Personnes dans leur Insertion Sociale et Professionnelle ▶️ Conseiller en Insertion Professionnelle en Devenir ▶️ Expertise en santé ▶️ Bienveillance, Proactivité et Impact



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